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Budgets contributifs & co-rémunération

Quand plusieurs structures et usager.es veulent gérer un commun, il y a une question qui arrive très vite, à la fois toute simple et un peu pénible : qui fait quoi, et qui touche quoi pour le faire. On peut esquiver, on peut bricoler des accords privés en aparté, ou bien on peut mettre la question franchement sur la table dès le départ.

C'est ce qu'on a envie de faire ici et la méthode existe déjà, on n'a pas besoin de la réinventer : elle tourne depuis cinq ans chez Code Commun, on appelle ça le budget contributif.

Le principe tient en une phrase : pas de manager qui attribue les tâches, pas de hiérarchie qui décide des salaires, chacun·e évalue ses besoins en transparence.

Concrètement, ça donne ceci :

  • Les chantiers sont publiés avec un budget associé.

  • Une personne choisit une tâche, elle propose le montant qu'elle estime juste pour la réaliser. Si elle veut le faire bénévolement, montant zéro, c'est tout aussi bienvenu que si elle propose une somme.

  • La proposition est validée collectivement par consentement. Tout le détail (qui touche combien, sur quoi, et pourquoi) est public.

Dans la coop' Code Commun, ça vit là : codecommun.tibillet.coop/contrib. Ce n'est pas une vue de l'esprit, c'est l'outil qui tient la coopérative depuis le début.

Résultat : chacun peut décider de s'investir en âme et conscience du budget prévu et en toute transparence des intérêts de chacun.

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Pour l'Upop' Bar, ça change quoi concrètement ? D'abord, le bénévolat de service au comptoir change un peu de statut. On l'a écrit dans la page d'accueil : la serveuse ou le serveur bénévole n'est pas une variable d'ajustement économique, iel est en posture de passeur.

Le budget contributif rend cette posture visible sans la trahir. L'heure passée derrière le bar peut rester gratuite si la personne le décide, mais elle est comptée, valorisée, reconnue dans les comptes du lieu. Personne n'invisibilise le travail de personne.

Ensuite, la co-rémunération entre structures cesse de se négocier en coulisses. Quand La Méandre accompagne l'écriture du projet associatif, quand l'Atelier Soudé anime un repair'café mensuel, quand Code Commun monte la régie d'un concert, le geste apporté est documenté, le coût annoncé, l'arbitrage rendu public.

Ça ne supprime pas les désaccords, rien ne les supprime, mais ça les déplace : on ne discute plus des montants en privé, on discute en assemblée de la répartition d'une enveloppe que tout le monde voit.

Enfin, le budget contributif s'articule avec ce qu'on appelle le modèle Cascade. Si une soirée concert dépasse son objectif de recettes, le surplus n'est pas capté par un acteur, il ruisselle vers une autre cascade : un atelier parentalité de Mathilde, un repair'café d'Eisenia, une formation courte qu'on aimerait soutenir. Ce sont les deux faces d'une même mécanique. Transparence sur ce que chacun·e touche, et solidarité entre les chantiers du lieu.

On ne prétend pas que cette méthode résout tout. Elle ne résout pas le métier, elle ne résout pas les fatigues, elle ne résout pas les écarts de rythme entre une coopérative et une asso loi 1901. Mais elle fait une chose précieuse : elle rend la conversation possible. Et dans un projet à huit structures, sur un an, dans un lieu dont on connaît déjà la date de fermeture, la conversation est l'outil le plus important qu'on ait.