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Le modèle Cascade

Le budget contributif règle la question du « qui touche quoi ». Le modèle Cascade règle la question d'à côté, tout aussi pratique : qu'est-ce qu'on fait du surplus ou du déficit, à la fin du mois, à la fin du concert, à la fin de l'année. La méthode vient de Cascade.coop, on s'en inspire ouvertement, et on l'adapte au lieu.

Le principe tient en trois mots : contribution, redistribution, cycle. La contribution, ce n'est ni un don, ni un prix, ni une taxe. C'est le moyen par lequel on partage un effort à plusieurs pour atteindre un objectif clairement annoncé. À cinquante personnes pour un repas qui coûte 250 €, on contribue à 5 € chacun. À cent personnes pour le même repas, on contribue à 2,50 €. Le surplus n'est pas capté parce qu'il n'y a structurellement pas de surplus à capter quand l'objectif est défini à l'avance et partagé.

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Une variante essentielle pour le bar et la cantine : la contribution provisionnée. Quand on ne peut pas savoir à l'avance combien on sera (un repas, un événement, une consommation d'électricité un mois donné), on annonce un montant prévisionnel raisonnable, on l'encaisse, puis on régularise en fin de cycle.

Si les charges réelles sont plus basses que prévu, l'écart revient au contributeur sous forme d'avoir ou de remise sur le prochain coup via sa carte TiBillet UPOP. S'il est plus haut, on l'absorbe collectivement.

Concrètement, ça donne une cantine à 8 € le repas qui peut redescendre à 6,50 € quand les couverts ont été nombreux, ou rester à 8 € si on a sous-estimé. Personne n'est piégé par un prix mensonger, tout le monde sait ce qu'il a financé. Et celles et ceux qui choisissent de « laisser la monnaie » plutôt que de se faire rembourser alimentent automatiquement le ruissellement vers d'autres cascades.

Sauf que dans la vraie vie, l'équilibre n'est jamais parfait. Une soirée déborde, une cantine fait moins de couverts que prévu, un atelier explose la jauge. C'est là qu'intervient la redistribution. Si l'objectif est dépassé, le surplus ruisselle vers une autre cascade : un atelier parentalité qui peine à tenir, une formation courte qu'on aimerait soutenir, un projet de quartier qui frappe à la porte. Et si l'objectif n'est pas atteint, on crée une dette collective qu'on choisit de résorber au fil des cycles, pas un trou que quelqu'un doit boucher seul dans son coin.

Les cycles, justement, c'est le rythme. Pas de pilotage comptable mensuel par un trésorier qui décide seul dans un tableau Excel. À la place, des moments réguliers où l'assemblée regarde la situation réelle et arbitre : on garde le surplus pour le mois prochain, on baisse les contributions, on soutient un autre chantier, on rouvre un débat sur l'objectif. C'est un budget qui respire avec le collectif.

Concrètement, dans le bar, ça donne quelque chose comme ça. Le loyer de 1300 € se partage entre les structures qui occupent l'espace selon leurs usages réels, pas selon une clé fixée d'avance. Les recettes du bar et de la programmation alimentent une caisse commune, dont les surplus financent les formats moins rentables (les conférences, les arpentages, les ateliers parentalité). Les personnes en parcours d'insertion avec Des Saveurs et des Ailes sont reconnues comme contributrices à part entière par leur travail en cuisine, pas comme bénéficiaires reconnaissantes. Et tout est traçable, tout est public, tout est régulièrement remis sur la table.

Une dernière chose qui compte. Cascade est lui-même un commun numérique, conçu pour rendre structurellement difficile la captation privée. C'est un cousin du chemin que Code Commun prend avec TiBillet : la transparence et la traçabilité ne reposent pas sur la confiance dans les intentions des gens, elles reposent sur la conception du système. On ne demande pas aux humains d'être bons, on construit un cadre qui rend la capture coûteuse. C'est de l'ingénierie sociale autant que de la comptabilité.

On ne dit pas qu'on saura le faire parfaitement dès le premier mois. Le modèle est encore jeune, on l'apprendra en le pratiquant. Mais on a au moins l'avantage d'avoir un nom pour ce qu'on essaie de faire, et une plateforme amie qui formalise ce que d'autres bricolent déjà dans leur coin.