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Gouvernance partagée

Quand huit structures portent un projet ensemble, la question qui revient le plus souvent dans les premières conversations, c'est : « Mais qui décide ? ». L'Upop' Bar a la chance d'avoir dans son collectif deux structures dont c'est précisément le métier. Code Commun pratique la gouvernance partagée depuis 2020 dans le cadre d'une SCIC à trois collèges. La Méandre accompagne professionnellement la structuration de collectifs depuis bien plus longtemps, en s'appuyant sur l'analyse institutionnelle, la socianalyse, et la matrice méthodologique héritée de Peuple et Culture. On ne réinvente pas la roue. On assemble.

Trois piliers méthodologiques

Le consentement plutôt que le consensus. Une décision est prise quand personne ne s'y oppose, pas quand tout le monde y adhère pleinement. Une objection valable doit être motivée et accompagnée d'une proposition alternative. Si l'objection est levée après reformulation, la décision passe. Sinon, on recommence un cycle, trois fois maximum, avant de basculer sur les règles de majorité. Cette méthode permet de décider dans le temps long sans paralyser le collectif sur les sujets où l'unanimité n'arrivera jamais. Voir la fiche Consentement contre consensus sur Movilab.

Les trois collèges, principe « une personne, une voix ». Le modèle Code Commun distingue trois familles de membres : les animateur·ices (celles et ceux qui font tourner la baraque au quotidien), les contributeur·ices (les apports ponctuels mais réels), et les utilisateur·ices (le public qui adhère et qui se sert du lieu). Chaque collège dispose d'un tiers des voix totales, indépendamment du nombre de personnes dans le collège. Pour les décisions stratégiques (budget, partenariats majeurs), l'accord des trois collèges est requis simultanément. C'est ce qui rend le système robuste face à la captation par un seul collège.

La socianalyse en arrière-plan. La socianalyse, c'est un dispositif d'intervention émanant de l'analyse institutionnelle, qu'on déclenche quand un collectif a besoin de poser sur la table ce qui s'y joue collectivement et individuellement, en plénière, avec des intervenant·es extérieur·es. Ce n'est pas un outil de décision quotidienne, c'est un outil de respiration profonde, qu'on sort une ou deux fois par an. La Méandre l'a déjà mis en œuvre pour un tiers-lieu à Uzès. Pour creuser le sujet, l'ouvrage de référence est Les arcanes du métier de socianalyste institutionnel de Christiane Gilon et Patrice Ville (Réveiller les loups), qui rassemble 40 ans de pratique.

Comment on l'adapte au bar

Traduction des collèges au cas Upop' Bar. Le collège animateur·ices regroupe les permanent·es bénévoles ou rémunéré·es qui font tourner le bar au quotidien : régie, service, programmation, coordination. Le collège contributeur·ices regroupe les structures porteuses (Code Commun, La Méandre, Atelier Soudé, Eisenia, Des Saveurs et des Ailes, Intermède côté hôte, Mairie côté caution politique). Le collège utilisateur·ices regroupe les adhérent·es du bar, les habitant·es du quartier, les résident·es de La Filature, et le Vortex de l'Upop'.

Le rythme de décision. Une assemblée plénière mensuelle, le premier lundi du mois en visio ou en présence selon les disponibilités. Toute décision opérationnelle non urgente y est posée à l'ordre du jour, débattue, soumise au consentement. Les sujets sont préparés en amont par un trio rotatif issu des trois collèges. Les comptes-rendus sont publiés dans les 48 heures.

Les outils numériques. Framavox pour les votes asynchrones entre deux assemblées (modèle de Loomio, déjà utilisé par Code Commun). TiBillet contrib pour la visibilité publique des chantiers et des budgets associés (voir la page Budgets contributifs). Hypostasia, l'outil de synthèse délibérative aussi développé par Code Commun, pour les délibérations longues qu'on veut documenter sérieusement.

Quand ça coince

Aucun collectif ne va sans tension. Le règlement intérieur de Code Commun prévoit explicitement une procédure de signalement et de médiation obligatoire avant toute exclusion. C'est un cadre qu'on s'autorise à transposer au bar. Mais on sait aussi que la médiation formelle ne résout pas tout.

C'est là que La Méandre joue son rôle d'accompagnatrice. À mi-parcours du projet, on prévoit de lui demander d'animer une socianalyse courte sur le collectif. Pas pour solutionner un conflit déjà déclaré, mais pour faire un état des lieux honnête. Le moment où les premières tensions sont apparues, où les rôles se sont éprouvés dans le réel et non plus posés sur le papier, où il faut réajuster sans tout casser. C'est rarement prévu dans les projets, et c'est rarement bien fait quand ce n'est pas prévu. Avoir La Méandre dans le collectif dès le départ veut dire qu'on saura le faire au bon moment.

Et si malgré tout un conflit dégénère, on revient au règlement intérieur : signalement, médiation par un tiers choisi d'un commun accord, et en dernier recours, procédure formelle d'exclusion en assemblée extraordinaire. C'est rare, c'est lourd, mais c'est cadré, et c'est mieux qu'un départ en claquant la porte sans rien régler.

Sources et références

Charte de Code Commun : Charte et valeurs. Méthodologie du consentement contre le consensus : fiche Movilab et la Gestion de décision par consentement.

Pratiques d'accompagnement, socianalyse et entraînement mental : La Méandre et le réseau des CREFAD. Ouvrage de référence sur la socianalyse : Les arcanes du métier de socianalyste institutionnel (Christiane Gilon et Patrice Ville, Réveiller les loups).

Théorie des communs et principes de gestion collective : Élinor Ostrom, page Wikipédia. Livre blanc de référence : Matti Schneider, Construire des communs numériques.